Comment déposer une demande d’enregistrement au RNCP ?

Déposer-une-demande-au-rncp

« Déposer une certification au RNCP, c’est soumettre à France Compétences un dossier complet pour faire reconnaître officiellement une certification professionnelle dans le répertoire national. Cette démarche est ouverte aux organismes certificateurs privés, aux branches professionnelles et aux ministères. Une fois le dossier déclaré recevable, le délai moyen d’instruction est d’environ 4 à 5 mois, avant passage en commission de délibération. » 

Avant de déposer : valider l'opportunité du projet

Avant même d’ouvrir la téléprocédure, il faut poser une question simple :

est-ce que ce projet a une chance réelle d’aboutir ?

La réponse n’est pas évidente, et beaucoup d’organismes l’apprennent à leurs dépens.

Qui peut déposer une demande d’enregistrement au RNCP ? Trois grandes catégories d’acteurs sont concernées :

  • les organismes certificateurs privés (associations, sociétés, établissements d’enseignement),
  • les branches professionnelles via leurs commissions paritaires nationales de l’emploi (CPNE),
  • et les ministères pour leurs diplômes délivrés au nom de l’État. Ces derniers bénéficient d’un enregistrement dit « de droit », distinct de la procédure sur demande décrite ici.

Avant de se lancer, il faut aussi choisir le bon répertoire. Le RNCP cible les certifications qui couvrent un métier dans sa globalité, structurées en blocs de compétences et accessibles par la VAE. Le Répertoire Spécifique (RS), lui, accueille des certifications complémentaires ou transversales. Si votre projet ne vise pas un emploi complet mais une compétence ciblée, le RS est plus adapté.

Un prérequis souvent sous-estimé : il faut avoir formé et évalué des apprenants sur au moins deux promotions complètes avant de déposer. France Compétences exige des données réelles d’insertion professionnelle sur ces deux promotions. Sans ce recul, le dossier est irrecevable. Concrètement, cela signifie qu’un projet de certification entièrement nouveau ne peut pas être déposé au RNCP avant d’avoir plusieurs années d’antériorité. 

Les documents constitutifs du dossier de demande

Le dossier de demande d’enregistrement au RNCP est un ensemble structuré de documents, chacun répondant à un ou plusieurs des neuf critères d’évaluation fixés par le décret du 18 décembre 2018. Voici ce que chaque pièce doit contenir et pourquoi France Compétences l’exige.

L'étude d'opportunité

C’est le document fondateur du dossier. Il s’agit de démontrer, par des données externes sourcées, que la certification répond à un besoin réel et identifié du marché du travail. L’étude d’opportunité s’appuie sur des statistiques d’emploi (offres d’emploi, données de la DREETS, de France Travail, des observatoires de branches), des témoignages d’employeurs, et une analyse prospective des évolutions du métier visé.

France Compétences attend ici une argumentation factuelle, pas une déclaration d’intention. Une note d’opportunité bâtie sur des généralités ou sur des tendances floues (« les soft skills sont incontournables ») sera systématiquement rejetée. L’étude d’opportunité représente souvent 30 à 50 % du travail de montage du dossier — c’est elle qui donne le ton de l’ensemble.

Le référentiel d'activités, de compétences et d'évaluation (REAC)

C’est le cœur technique du dossier. Il se compose de trois parties articulées entre elles. Le référentiel d’activités décrit les situations de travail réelles exercées dans le métier visé — pas les contenus de formation, mais les missions concrètes sur le terrain. Le référentiel de compétences traduit ces activités en compétences formulées avec des verbes d’action observables. Le référentiel d’évaluation précise, pour chaque compétence, comment elle sera évaluée : mise en situation professionnelle, étude de cas, entretien structuré, dossier professionnel.

Pour le RNCP, les compétences doivent obligatoirement être regroupées en blocs de compétences : des ensembles homogènes et cohérents, chacun évaluable et validable de manière autonome. Un bloc ne peut pas chevaucher plusieurs activités distinctes. Cette structuration est une exigence légale depuis la loi du 5 septembre 2018, et France Compétences y est particulièrement attentive.

 

Le règlement de certification

Ce document formalise les règles d’organisation des épreuves d’évaluation : qui compose le jury, dans quelles conditions se déroulent les épreuves, quels sont les critères de réussite, comment sont gérées les situations particulières (absence, fraude, recours). Il engage le certificateur sur ses pratiques d’évaluation et doit démontrer que des procédures de contrôle sont bien en place, c’est le critère 4 du décret de 2018.

Les documents relatifs aux promotions

Il s’agit des pièces qui attestent du recul réel sur la certification : procès-verbaux de jurys (signés par tous les membres), données d’insertion professionnelle collectées à froid au moins six mois après la certification, et analyse comparative de ces résultats par rapport à des certifications de même niveau visant des métiers proches. Ces données doivent porter sur au moins deux promotions complètes. C’est sur cette base que France Compétences évalue les critères 1 et 2 : adéquation des emplois occupés et impact en matière d’accès à l’emploi.

Les documents encadrant les partenariats

Lorsque le certificateur habilite des organismes tiers pour dispenser la formation ou organiser les évaluations, il doit fournir les conventions d’habilitation correspondantes ainsi que les procédures de contrôle mises en place pour s’assurer que ces partenaires respectent le référentiel. Depuis le décret du 6 juin 2025, ces exigences ont été renforcées : une convention ou décision formelle est obligatoire, et les organismes habilités sont tenus à des obligations strictes en matière d’équipements, de durées et d’encadrement.

L'étude des correspondances

Ce document, requis le cas échéant, présente les correspondances totales ou partielles entre la certification déposée et d’autres certifications professionnelles de même niveau. Il permet à France Compétences de vérifier la cohérence de l’offre globale et d’éviter les doublons. L’étude des correspondances peut s’établir entre deux certifications RNCP, ou entre un bloc de compétences et un autre bloc ou une certification RS.

Les documents relatifs à la VAE (spécifique RNCP)

Contrairement au Répertoire Spécifique, toute certification enregistrée au RNCP doit être accessible par la voie de la VAE. Le dossier doit donc inclure une description du dispositif VAE mis en place : conditions de recevabilité, livret de preuves (Livret 2), modalités d’accompagnement du candidat, composition du jury. Le Livret 2 VAE doit être joint en pièce justificative.

Tableau récapitulatif des documents du dossier RNCP

DocumentCritère(s) couvert(s)
Étude d’opportunitéPertinence du projet sur le marché de l’emploi
Référentiel d’activités, de compétences et d’évaluation (REAC)Critères 3 et 7 (qualité des référentiels, cohérence des blocs)
Règlement de certificationCritère 4 (contrôle des modalités d’évaluation)
Documents relatifs aux promotions (PV jurys + données d’insertion)Critères 1 et 2 (adéquation emplois, impact insertion)
Conventions de partenariat et procédures de contrôleCritère 4 (contrôle des partenaires)
Étude des correspondancesCritère 8 (cohérence avec d’autres certifications)
Documents VAE (Livret 2, procédure)Critère 6 (accessibilité par la VAE)
Pièces juridiques (statuts, casier judiciaire, parchemin)Recevabilité administrative

Les étapes pour déposer sa demande sur la plateforme France Compétences

Toutes les demandes d’enregistrement au RNCP se font exclusivement par voie dématérialisée, via la téléprocédure officielle de France Compétences. Aucun envoi papier n’est accepté.

Étape 1 — Créer son espace sur le portail France Compétences

La première démarche consiste à créer un compte sur la plateforme de téléprocédure, accessible à l’adresse https://certifpro.francecompetences.fr/webapp/rncp/. Lors de la création du compte, il faut préciser si l’entité est un ministère ou un autre organisme, et indiquer si elle dispose d’un numéro SIRET.

Des pièces obligatoires doivent être jointes dès cette étape : un document attestant de l’existence légale de l’entité, et une délégation de mandat désignant l’administrateur du compte. Une fois ces éléments transmis, un courriel d’activation est envoyé. Le compte ne devient opérationnel qu’après validation par l’administrateur de la téléprocédure, il faut donc anticiper ce délai avant de commencer à saisir le dossier.

Étape 2 — Renseigner la fiche de demande

Une fois le compte activé, le dossier est saisi directement en ligne, rubrique par rubrique. La plateforme guide le déposant à travers les différentes sections : identification de la certification, niveau de qualification visé, description du métier, présentation des blocs de compétences, données relatives aux promotions, modalités d’évaluation, etc.

Chaque section doit être validée avant de passer à la suivante. Il est recommandé de préparer l’intégralité du contenu en amont, dans un document de travail, avant de procéder à la saisie en ligne. Une saisie précipitée génère des incohérences difficiles à corriger une fois le dossier soumis.

Étape 3 — Téléverser les pièces justificatives

En complément de la saisie en ligne, un ensemble de pièces justificatives doit être téléversé sur la plateforme. Parmi les documents obligatoires : le document légal attestant l’existence juridique de l’organisme certificateur, le bulletin n°3 du casier judiciaire du responsable légal (daté de moins de trois mois), le parchemin de la certification délivrée aux certifiés, les procès-verbaux des sessions de jury pour chaque promotion présentée, et le Livret 2 VAE.

Les formats de fichiers acceptés et les tailles maximales sont précisés dans la notice d’aide au dépôt, disponible sur le site de France Compétences. Le respect scrupuleux de ces contraintes techniques conditionne la recevabilité du dossier.

Étape 4 — Soumettre la demande et accuser réception

Une fois l’ensemble des sections renseignées et des pièces téléversées, le dossier peut être soumis. Il obtient alors le statut « déposé » et est pris en charge pour instruction. Un accusé de réception est transmis par voie électronique.

À partir de ce moment, l’instruction n’est pas un échange contradictoire avec le déposant : France Compétences a clairement précisé que la phase d’instruction n’est pas un processus d’accompagnement pour améliorer le dossier. L’instructeur peut solliciter des compléments mineurs sur des éléments régularisables, mais ces demandes n’engagent pas l’avis de la commission. Le dossier doit donc être complet et solide dès le dépôt.

Délais et suivi de l'instruction

Le processus d’instruction se décompose en trois phases successives, dont les durées cumulées déterminent le délai total avant décision.

Phase 1 — Examen de recevabilité

Dès réception du dossier, France Compétences procède à un premier examen de complétude et de conformité juridique. Cette phase dure généralement 2 à 3 semaines. Si le dossier est incomplet ou ne respecte pas les conditions de forme, il est déclaré irrecevable et renvoyé au déposant. C’est seulement à partir de la date de recevabilité que le délai d’instruction officiel commence à courir.

Phase 2 — Instruction par un expert

Une fois le dossier déclaré recevable, il est affecté à un instructeur de la Direction de la certification professionnelle de France Compétences. L’instructeur se signale par courriel au déposant et devient son interlocuteur unique jusqu’à la notification de la décision. Il analyse le dossier au regard des neuf critères réglementaires, rédige un rapport d’instruction, qui est ensuite supervisé par son supérieur hiérarchique pour garantir l’égalité de traitement entre les demandeurs.

L’objectif affiché par France Compétences est un délai moyen de 5 mois entre la recevabilité et le passage en commission. En pratique, ce délai a été de 5,7 mois en 2022, de 3,9 mois en 2023, et de 4,2 mois en 2024, grâce à une amélioration continue du traitement des dossiers.

Phase 3 — Commission de délibération

Le dossier instruit est présenté à la Commission de la certification professionnelle de France Compétences, composée de représentants des salariés, des employeurs, des régions et des principaux ministères certificateurs. Cette commission se réunit mensuellement (sauf en août), soit une dizaine de sessions par an. Elle rend un avis conforme, que le directeur général de France Compétences est tenu de suivre.

En cas d’ajournement par la commission pour demande de compléments ou d’amélioration, le délai est prolongé d’un à deux mois selon la nature des modifications sollicitées.

Après chaque séance, les avis favorables sont transmis au directeur général, qui prononce l’enregistrement dans un délai de 1 à 3 jours. Les décisions sont ensuite publiées sur le site de France Compétences et au Journal Officiel. En cas de décision défavorable, une notification précisant les motifs du refus au regard des critères est transmise au déposant.

Tableau récapitulatif des phases d'instruction

PhaseDurée indicativePoint de départ
Examen de recevabilité2 à 3 semainesDate de dépôt
Instruction par un expert3 à 5 moisDate de recevabilité
Commission de délibérationVariable (réunion mensuelle)Fin d’instruction
Notification de la décision1 à 3 jours après commissionSéance de commission
Délai total moyen4,2 mois À partir de la recevabilité

Les critères d'évaluation de France Compétences

France Compétences examine chaque demande d’enregistrement au RNCP selon neuf critères officiels, définis à l’article R. 6113-9 du Code du travail issu du décret du 18 décembre 2018 :

  1. L’adéquation des emplois occupés par rapport au métier visé, appréciée sur au moins deux promotions de titulaires.

  2. L’impact du projet en matière d’accès ou de retour à l’emploi, comparé à des certifications visant des métiers similaires.

  3. La qualité du référentiel d’activités, du référentiel de compétences et du référentiel d’évaluation.

  4. La mise en place de procédures de contrôle des modalités d’organisation des épreuves d’évaluation.

  5. La prise en compte des contraintes légales et réglementaires liées à l’exercice du métier visé.

  6. La possibilité d’accéder à la certification par la VAE.

  7. La cohérence des blocs de compétences et de leurs modalités spécifiques d’évaluation.

  8. La cohérence des correspondances avec d’autres certifications professionnelles de même niveau.

  9. Les modalités d’association des commissions paritaires nationales de l’emploi dans l’élaboration ou la validation des référentiels.

Depuis le décret du 6 juin 2025, de nouveaux motifs de refus ont été introduits, applicables avant même l’examen du fond du dossier : toute fausse déclaration sur les données relatives aux promotions, tout plagiat d’un référentiel existant, ou toute communication trompeuse au public entraîne un refus immédiat. Par ailleurs, un certificateur qui cumule trois refus en cinq ans se voit interdit de redéposer pendant un an.

Les erreurs les plus fréquentes qui conduisent à un refus sont bien documentées.

  • La première est une étude d’opportunité insuffisante : des généralités sans données chiffrées, sans sources externes, sans analyse comparative.
  • La deuxième est un référentiel de compétences rédigé comme un programme de formation, avec des intitulés de modules plutôt que des compétences professionnelles observables.
  • La troisième est une structuration en blocs de compétences incohérente, avec des blocs qui se chevauchent ou qui ne peuvent pas être évalués de manière autonome.
  • La quatrième, enfin, est l’absence ou la faiblesse des données de suivi des promotions — enquêtes d’insertion réalisées trop tôt, taux de réponse insuffisant, absence de comparaison avec des certifications similaires.

FAQ

Le délai court à partir de la date de recevabilité du dossier, c’est-à-dire après l’examen de complétude qui prend généralement 2 à 3 semaines. L’objectif fixé par France Compétences est de 5 mois entre la recevabilité et le passage en commission. En 2024, le délai moyen constaté était de 4,2 mois, en amélioration par rapport aux années précédentes. En cas d’ajournement par la commission pour demande de compléments, ce délai peut être prolongé d’un à deux mois supplémentaires. Au total, il est prudent de prévoir entre 6 et 9 mois entre le dépôt du dossier et la notification de la décision finale.

Le taux d’acceptation a fortement progressé ces dernières années, passant de 41 % en 2021 à 50,23 % en 2022, puis à 63,5 % en 2023 et à 66,8 % en 2024. Cette progression témoigne d’une meilleure maîtrise des exigences de France Compétences par les organismes certificateurs. Cela dit, un dossier sur trois est encore refusé, ce qui confirme que la démarche reste sélective et que la qualité du dossier est déterminante.

Le RNCP accueille les certifications qui couvrent un métier dans sa globalité, structurées obligatoirement en blocs de compétences et accessibles par la VAE. Elles donnent lieu à un niveau de qualification reconnu par l’État. Le Répertoire Spécifique (RS), lui, est destiné aux certifications complémentaires ou transversales — compétences numériques, langues, habilitations, spécialisations — qui ne couvrent pas un emploi complet. Les critères d’évaluation sont différents : le RS n’exige pas de promotions de titulaires ni de données d’insertion professionnelle au même niveau que le RNCP, mais son taux d’acceptation est historiquement beaucoup plus bas (39,3 % en 2024). Le choix entre les deux répertoires doit donc être guidé par la nature réelle de la certification, pas par des considérations stratégiques.

Non, sauf dans un cas très précis. Pour la procédure standard, l’antériorité de deux promotions complètes est une condition de recevabilité : sans elle, le dossier est rejeté avant même d’être instruit. Il existe une procédure simplifiée pour les métiers identifiés par France Compétences comme « particulièrement en évolution ou en émergence », qui dispense des critères liés aux promotions. Mais cette liste est limitée et révisée annuellement. En dehors de ce cas, il est impératif d’avoir formé, évalué et suivi des apprenants sur au moins deux promotions avant de déposer.

Qualiopi est une certification qualité qui s’applique aux prestataires d’actions de formation souhaitant accéder aux financements publics et mutualisés. Elle n’est pas, à ce jour, une condition formelle de recevabilité d’un dossier RNCP. En revanche, le décret du 6 juin 2025 a renforcé les exigences de qualité dans les dossiers d’enregistrement, et France Compétences est désormais fondée à exiger la démonstration concrète des pratiques que Qualiopi oblige à maîtriser. Par ailleurs, un plan gouvernemental publié en juillet 2025 prévoit d’étendre l’obligation Qualiopi à toutes les formations préparant à une certification RNCP ou RS, y compris celles non financées par des fonds publics. Il est donc fortement conseillé d’anticiper cette évolution.

Restez à la pointe de la formation pro

Certification-professionnelle vous recommande la newsletter Digi-Certif : actus CPF, RS/RNCP, Qualiopi, outils pratiques et alertes utiles — directement dans votre boîte mail.